« Merci Antéa d'avoir tenu si longtemps à
conserver ce lien terrestre avec moi.
- Tu m'effrayais, tu sais avec tes histoires mais tu étais
si différent des autres que même avec ta
perversité abominable, tu es le seul dont je ne
me suis jamais lassée.
- Tu m'aimais donc ?
- Jamais, j'en aimerai un autre davantage que toi mais
pourquoi te faire mourir si vite, n'était-il pas
agréable pour toi de nous imaginer vivre ensemble
?
- Je ne pensais pas pouvoir nager à contre-courant
le reste de ma vie, je n'avais plus l'espoir que tu me
reviennes. J'imaginais qu'il serait trop beau qu’un
jour tu me redonnes ma chance. Tu demeurais dans mon esprit
comme une Vénus cachant un aiguillon de venin au
fond du vagin, prête à piquer là où
ça me ferait le plus mal.
- J'aurais pu te pardonner bien des choses mais que tu
m'abandonnes sur terre à devoir vivre sans toi.
Pourquoi ne m'as-tu pas fait confiance, pourquoi as-tu
craint qu'un jour prochain je t'abandonne ? J'aurai pris
soin de toi jusqu'au dernier de tes jours. Je sentais
ton amour qui vibrait si fort pour moi ! Je voulais prendre
le temps de te libérer de la cage de ton enfance.
Tous ces poèmes que tu m'as d'abord écrits
et ensuite ces nouvelles où tu m'as fait partager
la vedette avec Danaé, je faisais comme si c'était
normal, de bonne guerre mais j'en étais atrocement
jalouse. Surtout que Danaé t'avait mise dans son
collimateur, elle ne rêvait plus que d'être
dépucelée par tes soins experts.
- Elle voulait juste perdre sa virginité ! Elle
m'aimait donc si peu !
- Oh que si, elle t’aimait ! D'ailleurs, elle trouvait
que tu faisais preuve d’une imagination débordante.
Elle adorait les nombreuses attentions que tu avais pour
elle. Je craignais que tu lui donnes des morceaux de toi.
Je voulais que tu te gardes entièrement pour moi.
Je regrettais de te l’avoir présentée.
- Pourquoi vouloir me garder pour toi seule ?
- Parce que j'aime ta beauté, que je ne veux la
partager avec personne, je ne suis pas du genre à
montrer le visage de mon amoureux à ma meilleure
amie, vois-tu ! A chaque fois qu'un paquet de toi arrivait,
je me dépêchais d'arriver chez elle.
- Pourquoi ne m’as-tu jamais remercié de
mes si nombreuses attentions ?
- Parce que je savais que c'était ce que tu voulais
entendre de ma bouche ! Je ne pouvais pas t'être
reconnaissant puisque tout ce que tu m'envoyais m'était
dû. Pour sa belle, un amoureux n’a pas à
compter. Il reste esclave de sa belle tant qu’elle
ne daigne pas l’affranchir !
- Et pourquoi ce mutisme d'avril ?
- Je cherchais à t'oublier dans les bras d’hommes
virils et puis, j'avais des soucis, je n’avais pas
eu mes règles depuis près d’un mois
et demi, tu sais bien.
- Je craignais que la mère de Danaé soit
tombée sur une de mes lettres, s’en soit
plainte auprès de ta mère qui t’ait
obligée à faire la morte sous le chantage
de te couper les vivres et ton argent de poche et t’obliger
ainsi à mener étude et travail.
- Pour si peu de choses !
- N’était-ce pas plutôt mes fantasmes
qui t’avaient dégoûtée.
- Tu sais bien que j'adore les hommes à problèmes.
- Alors pourquoi, ne m'écrivais-tu pas ?
- Parce que ça t'aurait fait trop plaisir et que
je ne voulais pas que tu saches que j'en pinçais
pour toi afin que tu me gardes ta passion et ton amour
intact sans que tu en détaches des morceaux pour
l'assurance que je t'aurais donnée des miens.
- Et pourquoi ne m’as-tu jamais envoyé ta
photo ?
- Tu sais bien que je te l'avais promise. J'attendais
seulement qu'on me retire mon appareil à bagues
pour que tu n'aies de moi aucun souvenir de sourire en
fer.
- Et maintenant Antéa !
- Oui, qu’est-ce que tu proposes ?
- Fais-moi connaître enfin ce qu'est la saveur d'une
femme!
- On ne peut plus mon Gémani, nos corps sont d’une
nature différente que sur la terre.
- Retournons-y pour s’aimer !
- On ne vit qu'une fois sur terre, tu sais bien. Mais
dis-moi, tu souffrirais une seconde fois ce calvaire juste
pour mes beaux yeux ?
- Oui parce qu'après le calvaire, c’est un
tel enchantement de goûter à l'assurance
de ton amour.
- Si seulement tu n’étais pas aussi envahissant
!
- Ma présence t'ennuie ?
- Malheureusement, tu es aussi épuisant mort que
vivant. Laisse-moi tranquille maintenant que je ne suis
plus.
- Mais...
- Adieu mon ami, porte-toi bien loin de moi. »
Je la vis partir, son suicide n’avait plus de sens.
Elle ne m’avait suivi dans la mort que pour me dire
que je l’avais ennuyée toute sa vie durant.
Je ne pensais plus qu’à une seule chose :
la seconde mort, le feu de la Géhenne pour que
la souffrance éternelle me fasse oublier son absence.
Après un long périple aux travers des sphères
de Dante, je me rendis au pied des flammes de Shiva. J’eus
la nausée. Chacune des flammes avait la forme d’Antéa,
elle avait des soeurs jumelles par milliers et toutes
me tendaient les bras pour que je vienne les rejoindre
dans la fournaise. Pour ne plus penser à elle,
je devais détruire ma conscience d’exister.
Alors que je pénétrai dans les flammes,
tout s'évapora et je me retrouvai dans les nuées.
Antéa, archétype de la création était
assise dans un fauteuil porté sur un arc en ciel.
Elle me souriait tendrement. Elle se leva pour m’accueillir.
Elle porta ma main droite à son coeur et ma gauche
sur sa toison fleurie.
Bon,
on arrête là, c'est préférable
! Que ce soit sur terre, au Paradis ou en Enfer, partout
tu ne fais rien que m’exciter !