Danaé
était venue seule. Elle traversait la rue prudemment
en me jetant des coups d'oeil furtifs. Quand elle s’est
approchée, il y avait une tendresse infinie dans
sa façon de me dévisager en riant et en
fronçant les sourcils pour me rassurer. Elle craignait
mon désappointement mais parce qu’elle était
venue, j'irradiais de bonheur. Je n'avais pas toujours
été méritant depuis le début
mais elle avait tenu sa promesse de me rencontrer. Pour
elle, ce n'était pas un grand jour, elle avait
l'habitude d'être avec des hommes de son âge
et comme je ne faisais preuve d'aucune virilité,
mon statut d'homme plus âgé ne l'effrayait
pas. Je n'avais pas perdu le contact avec elle bien que
n'étant pas baraqué comme elle les aimait.
J'étais venu la voir en ami mais je l'aimais en
secret, bien que jamais nous eûmes échangé
de mots doux à cause de la distance qui nous séparait.
En
prenant la direction de la marche, elle m’entraîna
à la suivre. Elle avait sûrement dû
réfléchir à l'avance comment réfréner
mes ardeurs démentielles. Elle ne souhaitait sans
doute pas me toucher. Elle sentait mon désir fou
l'accaparer même s'il ne filtrait que par mes yeux
qui lançaient des regards obliques sur son décolleté
et le reste affriolant de sa personne, notamment son ventre
à l’air et l’anneau à son nombril.
Bien sûr, c'était encore une jeune femme
sauvage mais c'est ça que j'aimais. Il y avait
là les premiers signes de perfection dans son habillement
qui montraient qu'elle voulait plaire et paraître
différente. Elle portait des habits qui lui allaient
bien. Je savais qu'elle deviendrait femme, qu’elle
gagnerait en assurance et que petit à petit je
m'en détacherai à moins qu'elle ne garde
la fraîcheur de sa douce innocence. Cet air qui
a peur de ne pas avoir ce qu'elle veut, qui veut apprendre
les choses de l'amour tout en restant maître de
l'aventure amoureuse. Malgré cela, elle avait une
riche expérience sentimentale peuplée de
déceptions, de passions et d’autres échanges
plutôt agréables à ce qu’elle
m’en avait dit. Il n'y avait aucune peur dans ses
yeux.
Arrivés
sur la plage, on est allés aux cabines pour retirer
nos vêtements et mettre nos maillots de bain. On
établit notre camp de base auprès de jeunes
gens qui s'embrassaient, se croyant seuls au monde. Elle
faisait semblant de ne pas les voir mais j'avais du mal
à cacher mon trouble parce que j'avais là
un beau spécimen de jeune femme. Ca faisait si
longtemps que je ne m'étais pas promené
avec une fille, prés de vingt ans, celle de la
colonie qui m’avait abandonné au bout d’une
semaine. On s’est assis sur les draps de bain rose
et bleu que j'avais apportés. J’ai pensé
que tout le monde devait croire que nous étions
ensemble. On ne s'était pas encore touchés,
elle avait évité tout contact me voyant
très prêt de défaillir à son
arrivée. Lui prendre la main, ça n'allait
pas. Il n'y aurait pas eu assez de retenue de ma part.
C'était trop facile alors je n'ai rien fait me
contentant de l'observer se lever, me tourner le dos,
enroulant délicieusement son bassin pour aller
patauger en bord de mer. J'étais vraiment sous
le charme mais je n'osais pas la rejoindre. J'avais trop
peur de sa féminité. Du bord de mer, elle
m’éclaboussait d’eau pour me donner
confiance. Elle sortit de l'eau et en marchant vers moi
retira le haut de son maillot en venant s'allonger sur
le côté pour mieux se prêter à
mon regard.
La
journée s'éternisait. Je me traitais d'imbécile.
J'avais perdu mon calme olympien, je me sentais complètement
absorbé par elle. Je lui dis que je devais partir,
j’ai tournoyé sur moi-même et voilà
qu'elle agrippa mon bras m'obligeant à rester allongé
face à elle. Contraint de me rapprocher d'elle,
de son corps à demi nu, j'avais des sueurs froides.
Je la voyais frotter ses cuisses l'une contre l'autre,
ce qui me déstabilisait d'autant plus. Je devinais
ce qu'elle ressentait bien que me demandant comment je
pouvais lui inspirer autant de désir. Nos cuisses
se frôlèrent. Elle avait perdu son regard
serein de tout à l'heure. Son coeur palpitait derrière
sa poitrine bien ferme et ramassée. Par tous les
pores de sa peau, elle me disait combien elle avait envie
que je la prenne dans mes bras et l'embrasse rageusement
en la renversant sur le gros gravier. Elle a fermé
les yeux en approchant son visage du mien.
J’ai attrapé mon sac où il y avait
toutes mes affaires. Je me suis écarté d’elle,
j’ai sorti mes vêtements. J’ai remis
maladroitement mon short en marchant. J’ai enfilé
mon tee-shirt à l'envers, mes sandales et j’ai
pris la fuite car c'était trop d’émotion.
Je n'osais pas regarder en arrière de peur d'être
pétrifié par sa beauté. Je n'entendis
aucun « je t'aime » lointain. Je ratai quelques
marches de l'escalier en ciment, me rattrapant sur les
genoux et sur les mains. Les égratignures m'enivrèrent
encore davantage. La chaleur du soleil aidant, les yeux
soupçonneux des gens sur moi me faisaient déambuler
de droite à gauche et c'est avec peine que je poursuivais
mon chemin vers nulle part. Je m'écroulai à
l’autre bout de l’avenue sur un tapis de pensées.
Ce
n’est qu’en fin de soirée que la police
littorale me secoua violemment. Ils me prenaient pour
un toxico et voulaient me jeter dans leur fourgon pour
m’emmener dans un centre à quinze kilomètres
de la ville. Après m'être expliqué
avec eux, j’ai pensé à Danaé
que j'avais laissée toute seule en bord de plage,
que devait-elle penser de moi! Elle m'avait complètement
ébloui mais l’absence de sentiment m’avait
empêché de me laisser aller à l'embrasser.
Il était onze heures du soir, l’avenue était
déserte. J'entrais dans une cabine téléphonique
dans l’intention de me faire pardonner ma conduite.
Mais tout de suite, elle m’a reproché de
n’avoir pas eu la délicatesse de la raccompagner
chez elle, qu’il fallait ne pas être galant
pour agir de la sorte. Je cherchais quoi lui dire pour
me racheter mais avant que je ne trouve, la terre s'ébranla,
je lâchai le combiné me dépêchant
de sortir de peur d'être broyé dans l'espace
réduit et là je fus happé par le
rayon transbordeur d’une soucoupe volante !
Je
me suis retrouvé dans une pièce vaste mais
dont l’entour baignait dans l’obscurité.
Des hommes plus petits que la moyenne dans d’étranges
uniformes sont venus en délégation à
ma rencontre. Ils m'ont expliqué qu'ils venaient
d’une planète géante, Danavé
qui gravitait autour d’une grosse étoile
que nous les humains, appelions la Bételgeuse et
qu'ils avaient été attirés sur la
Terre par ma sensibilité excessive et que si je
voulais renoncer à ma vie sur Terre, ils accepteraient
avec joie de me prendre à bord de leur vaisseau.
Moi qui avais toujours voulu être enlevé
par ces êtres pour échapper à mon
destin, visiter ces mondes d'ailleurs aux couleurs de
l’arc en ciel, comment aurais-je pu refuser ? A
défaut de partir à la conquête d'une
terre oubliée, d'un continent perdu, débarquer
sur des planètes de flore cocasse et de faune étrange.
Mais je ne voulais pas partir seul, tirer un trait sur
celles qui avaient compté pour moi.
« Si vous voulez emmener quelqu'un, pensez très
fort à cette personne et l'on vous télé
transportera auprès d'elle, m’ont-ils transmis
comme s’ils avaient lu dans mes pensées.
»
J’ai pensé très fort à Danaé
mais ils me dirent de ne pas résister, de me laisser
aller et soudain l'image floue d’Antéa au
travers de la vitre me revint et je me matérialisai
dans une chambre inconnue. Je m'agenouillai sur le bureau
pour regarder à la fenêtre et je vis le banc
devant la clinique où j'avais tant espéré
que Antéa me rejoindrait. J'étais donc dans
la chambre où elle dormait. Son visage était
éclairé par le clair de lune. Je la réveillai
tout doucement en caressant ses jolies bouclettes. Elle
ouvrit sa mâchoire comme pour crier. Je l'empêchai
en plaquant ma paume sur sa bouche. Elle avait des yeux
exorbités croyant que j’en voulais à
sa vie. Ah, ça valait le coup de l'avoir à
ma merci ! Je pouvais en faire ce que je voulais, pourquoi
ne pas la violer, elle qui s'était refusée
de venir dans la rue me rejoindre alors que j'étais
descendu à Marseille seulement pour la voir. De
mon autre main, j’ai ramené les draps jusqu'au
pied de son lit. Elle était dégoulinante
de sueur. Et ce fut loin d’être un enchantement
de regarder ses bras volumineux, les bourrelets de ses
flancs, la nuée de mouche à son entrejambe
et ses cuisses de catcheuse. Ca ne me disait absolument
rien. Ha s'il n'y avait pas eu ces foutus sentiments qui
me rendaient encore esclave d'elle ! Je lui ai chuchoté
à l’oreille de se taire si elle tenait à
pouvoir bouger librement. Elle acquiesça d’au
moins trois hochements de tête consécutifs.
À peine relâchai-je mon emprise qu'elle sauta
du lit, ouvrit la porte de sa penderie. Elle choisit une
robe de chambre foncée tant elle se trouvait vulnérable
croyait-elle sous sa fine chemisette de nuit transparente.
«
Mon Gémani, commença-t-elle sans conviction.
- Arrête tes sornettes, si tu avais ne serait-ce
qu’un peu de tendresse pour moi, tu m'aurais écrit
depuis le temps au lieu de me laisser sans nouvelles de
toi.
Elle ne sut pas trop quoi répondre et resta bouche
bée à se mordre la lèvre inférieure
avant de se reprendre :
- Comment es-tu entré ?
- Tu ne comprendrais pas.
- C'est ça, dis que je suis bête !
- Tu sais bien que si tu l’avais été,
je ne t’aurais jamais aimée aussi longtemps.
C'est seulement que tu es trop terre à terre pour
toucher à ses choses-là. Cela dépasse
ton entendement de jeune femme du monde. »
Comme elle ne répondait pas, vexée de se
voir cataloguée, je repris le dialogue.
« Alors à part ça, comment tu vas
? As-tu atteint la plénitude des sens ?
- Je m’en rapproche toujours plus mais l’amour
me fait encore défaut.
- Et si on s’en allait tous les deux, qu’on
quittait ce monde main dans la main ?
- Je ne veux pas me suicider avec toi, je veux vivre,
continuer sans relâche à goûter à
la saveur des hommes.
- Qui te parle de mourir, je n’ai pas l’autorisation
de t’expliquer en détail mais on continuerait
d'exister tels qu’aujourd’hui, seulement on
vivrait ailleurs.
- Et où est cet ailleurs ?
- Fais-moi confiance, c’est tout ce que je te demande,
je te promets des paysages inédits.
- Je n’ai pas envie d’aller avec toi.
- Ha bon ! »
Je cherchais quelque chose à lui dire mais j’étais
déçu, alors en désespoir de cause,
j’ai cherché à la rendre jalouse.
« Ha, j’allais oublier, tu as le bonjour de
Danaé !
- Ca me fait une belle jambe, tu ne l'as pas perdue de
vue celle-là ! Elle te supporte encore !
- Elle m’apprécie beaucoup, j’ai passé
la fin d’après-midi avec elle et c’est
vrai qu’il m’a semblé qu’elle
aurait été heureuse que je la prenne dans
mes bras et l’embrasse sauvagement sur le gros gravier.
- Hé bien, si vous êtes si proches, pourquoi
ne lui proposes-tu pas de partir avec toi ?
- Parce qu’au fond de moi, c’est toi que je
rêve d’emmener ! J’aimerais tant que
tu m’accompagnes.
- Au nom de souvenirs anciens ? C'est fini nous deux,
Mani, ce ne redeviendra jamais plus comme avant ! »
Elle s'avança et me décrocha un bécot
profond et toute fière relevant le menton et portant
la main à son entrecuisse, me dit que jamais elle
ne me laisserait passer par là.
Me
voyant revenir seul, ils m'ont annoncé que leur
départ était imminent. Je les suppliai de
m'accorder une seconde chance. L'image du magnifique spécimen
me revint et j’apparus presque immédiatement
dans la chambre de Danaé. Bien qu'il fût
minuit passé, elle ne dormait toujours pas. Elle
était accoudée à la fenêtre
ne portant qu’un string guettant l’arrivée
d’un éventuel Roméo dans la rue balayée
par le mistral.
« Coucou, lui dis-je, n'aies pas peur, ce n’est
que moi. »
Elle se retourna et eut le réflexe de porter ses
bras sur ses seins pour me les cacher.
« Tu n'étais pas aussi pudique cette après-midi.
»
Il y avait beaucoup de finesse et de pureté dans
sa physionomie. Ses yeux étincelaient de mille
feux comme si elle avait vu son Dieu.
« Mani ! J'ai été exaucé, me
dit-elle. Vois-tu, à l'instant, j’ai vu une
étoile filante et j’ai fait le voeu que tu
sois prés de moi.
- Je ne veux pas gâcher ton plaisir mais je dois
t'avouer que je viens de chez Antéa.
- Mais ce n’est pas possible, tu n'en as pas fini
avec elle. Je croyais que j'étais parvenue à
me débarrasser d'elle pour que tu sois tout à
moi.
- Cette fois, ça semble bel et bien terminé.
- Elle ne veut pas de toi, alors tu reviens vers moi en
désespoir de cause parce que tu sais que tu me
fais perdre les pédales ! Tu crois que ça
me fait plaisir d’être du deuxième
choix !
- Peut-être es-tu justement la seule qui puisse
me la faire oublier ?
- Je ne veux pas t'aimer en sachant que tu penses à
elle. Ha, si tu te voyais dans la glace, tu as de son
rouge sur les lèvres. Elle a dû te faire
son numéro de femme fatale pour t’impressionner,
n’est-ce pas ? Tu ressembles à un clown tout
barbouillé. Viens-là que je t’arrange
! »
Avec un mouchoir imprégné de son parfum
et d’eau démaquillante, elle m’essuya
minutieusement les lèvres jusqu’à
faire partir la dernière trace de rouge.
« Serais-tu capable de tout quitter pour moi ? Lançai-je
pour en venir vite au but de ma visite.
- Ha ! Tu m’annonces ça comme ça alors
qu’on ne s’est encore jamais embrassés
! Je pourrais te répondre oui sur le coup mais
on ne peut jamais préjuger d’une passion
qui parfois se désagrège au fil du temps
et des rencontres.
- Te sens-tu suffisamment forte pour affronter les difficultés
de la vie sur terre ?
- Le courage n’attend pas le nombre des années.
Je trouverai ma place dans la société sans
pour autant donner mon cul ou mon âme pour ma carrière
et mon prestige. Tu sais combien je tiens à ma
virginité et combien j’ai envie qu’un
jour prochain, tu sois le premier à me la ravir.
- Aimerais-tu visiter ces mondes d'ailleurs peuplés
d'êtres fantasques ou préfères-tu
en apprendre davantage sur les hommes et sur la manière
de les conquérir ?
- Arrête de délirer, Gémani. On est
bel et bien sur terre et on n'en bougera pas.
- Comment expliques-tu mon apparition dans ta chambre
?
- Par ma foi, tout simplement. Je t’ai fait venir
à moi.
- Si tu veux bien me suivre cette nuit, tu seras prés
de moi pour toujours.
- Et si malgré tout mon amour, je ne parvenais
pas à te faire oublier Antéa ?
- C'est vrai que des fois, je voudrais qu'elle nous surprenne
tous les deux enlacés et qu'elle me montre sa jalousie
en venant me gifler. Et bien, je demanderai à venir
la chercher. Il suffit qu'elle soit alors plus âgée,
que sa paresse l'ait fait échouer, que ses espoirs
soient tombés, que plus personne ne veuille d’elle
pour que peut-être, elle me rouvre les chemins de
son coeur.
- Et moi, que deviendrais-je alors ?
- Hé bien, on trouvera bien quelque beau mâle
pour satisfaire tes envies et tu sais bien que je serai
toujours là pour toi !
- Soit, dit-elle, je viens avec toi, laisse-moi juste
le temps d’écrire une lettre d’adieu
au monde. »
À
peine avions-nous embarqué à bord du vaisseau
que je vis que nous étions au-dessus du jardin
fleuri de la villa de Antéa. J'en demandais la
raison. Le Bételgeur en chef me dit qu'il émanait
d'une personne en bas un profond malaise lié à
mon départ. Je me penchais et vis Antéa
s'évertuant à faire des gestes amples et
disgracieux pour attirer notre attention et faire comprendre
qu'elle avait changé d'avis. Il m’a demandé
si on l'emmenait aussi. Je demandai un sondage approfondi
de ses pensées. On me dit qu'elle voulait davantage
venir pour la sécurité que ça lui
offrait plutôt que pour ma compagnie. D'autre part,
Danaé me tordait le bras dans le but de me le démettre
si jamais, j’avais l’impudence de répondre
oui. Néanmoins, je n'avais pas encore évacué
tout mon amour pour Antéa que j'avais tant aimée
et qu’il me faudrait plusieurs années pour
oublier si encore j’y parvenais. Éludant
sa question par une dénégation de la tête,
il fit prendre au vaisseau son envol. Je vis Antéa
tomber à genoux dans l'herbe brûlée,
le regard suspendu dans les étoiles.
«
En route vers l’aventure ! M’écriai-je
sous le regard radieux de Danaé. »
Le lendemain, nous étions en vue d'une planète
habitable d'un jeune système solaire. Nous faisions
des reconnaissances en vue d'une déportation qui
nous avait-on dit, devrait se faire dans l'avenir. Nous
prenions des échantillons de la flore et de la
faune. Quelques jours plus tard, de bon matin, je n’ai
pas trouvé Danaé sur sa couchette et me
suis inquiété. Où pouvait-elle bien
être ? J’ai pensé tout de suite à
la cascade et à la sortie du chemin, je la vis
enfin. Elle était adossée nue contre la
pierre, les jambes écartées et les bras
levés. Elle nouait ses cheveux mouillés,
ce qui faisait d’autant plus ressortir ses beaux
seins. Elle m’a souri quand elle m’a vu approcher.
Je suis venu me porter contre elle. Elle a posé
ses mains sur le cambré de mes reins. Elle a porté
sa tête en arrière. Je l’ai embrassée
rageusement dans le cou. Je suis entré en elle
pour l’émousser un tant soit peu. Elle a
pris appui sur mes épaules pour suspendre ses jambes
à ma taille. J’ai passé mes bras entre
son dos et la pierre. Je l’ai portée jusqu’à
un parterre de fleurs exotiques. Elle m’a prié
de reprendre ma charge fabuleuse par des tapes sèches
sur mes fesses et j’ai chevauché ma compagne
des étoiles. [scène omise]. Je me suis retiré
et l’on s’est lavé du sang répandu
en se baignant dans la rivière, sous la chute d’eau.
Je me souviendrais longtemps du roc d'opaline et du parterre
de fleurs d’Amélia où Danaé
m'offrit le trésor de ces années sauvegardées.
On
revint sur Terre quelques dix années plus tard.
Les puissances qui en avaient la juridiction devaient
se prononcer sur l’avenir de l’humanité.
Danaé plaidait pour la cause terrienne auprès
des régisseurs tandis que j’enquêtais
dans les bas-fonds de Marseille pour retrouver Antéa.
J’appris par la bouche même de sa mère
qu’elle faisait la pute pour les boat people originaires
d’Afrique qui venaient tenter leur chance en France
depuis que la main d’oeuvre faisait lourdement défaut.
Je retrouvai des indices de sa présence dans le
quartier étranger. La passe à quinze euros
ne pouvant espérer mieux devant ses proportions
de mama italienne. En recoupant des informations diverses
que je glanais au fil de mes rencontres, j’appris
où elle se terrait. C’était une vieille
mansarde sur un chantier en construction. Après
avoir fracturé ce qui lui servait de porte, je
pénétrai dans une piaule minable. Je fouillai
dans son armoire et je retrouvai mes photos qu'elle avait
conservées précautionneusement dans un coffret
de bois gravé pour ne pas les écorner. C’est
alors qu’un coup derrière la nuque me fit
perdre connaissance.
Un seau d'eau glacé jeté au visage me fit
reprendre conscience.
« Tu reviens enfin, ce n’est pas trop tôt
! »
Antéa m’avait reconnu malgré mon bronzage
bleuâtre.
[...]
Danaé se matérialisa entre nous, me faisant
face.
« Je me doutais que tu étais là. On
ne peut donc pas te faire confiance. Ne t'ai-je donc pas
tout donné de moi pour que tu l'oublies ? »
Antéa s'agenouilla aux pieds de Danaé. Elle
agrippa sa robe taillée de feuilles d'émeraude,
leva sa tête vers elle pour la supplier :
« Je vous en prie, emmenez-moi avec vous. Je n’en
peux plus de cette vie. Je n'en peux plus de ces hommes
qui attendent en rangs serrés derrière la
porte. Je veux être aimée comme une femme.
»
Prise
apparemment d'un éclair de compassion qui me fut plus
tard révélé comme le désir que
Danaé avait de me rendre heureux, elle releva celle
qui avait été son amie et ainsi, Antéa
fut sauvée du déluge de feu qui vint surprendre
les terriens aux aurores. La Terre n’en pouvait plus
de ces humains qui foulaient son sol, elle vomit tout son
ressentiment par les cheminées des volcans, rassembla
la mer en un immense tapis pour le dérouler ensuite
sur les terres pour finir son grand nettoyage et se débarrasser
des petits êtres éparpillés sur son sol.
Les régisseurs nous confièrent la charge de
veiller et de remettre en forme beaucoup de gens simples,
quelques paumés et marginaux humains qu’on avait
cru bon de devoir sauver. Antéa et Danaé étaient
perpétuellement à mes côtés et
il n'y avait que ça qui comptait pour moi. En creusant
dans les rocs d'opaline, nous mîmes la première
pierre de ce qui allait devenir la nouvelle terre. Une technologie
de recyclage nous fut donnée en attente que nous trouvions
en nous la capacité naturelle de détruire nos
déchets. Nous coulions des jours heureux dans un monde
où l’on trouvait pour chacun qui le désirait
une utilité.
Madonna : Like a Prayer