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HISTOIRES D'AMOUR
 
 

Les retrouvailles séniles



« Gémani ?
- Antéa !
- Je suis heureuse de te revoir enfin !
- Pas autant que moi, Antéa. Après l'attente, la récompense tant méritée !
- Comme tu as vieilli, j'ai bien failli ne pas te reconnaître !
- Alors, tu ne me trouves plus le charme d’antan ?
- Je vois toujours cette même flamme dans ton regard que lorsque tu m’attendais en bas de chez moi !
- N'as-tu jamais fait le voeu qu'on ne se soit pas connu?
- Je n'ai jamais regretté d'avoir flashé sur toi, jamais de la vie, je te le jure !
- J’espère que tu n’es pas venue pour tirer un trait sur notre passé !
- Même si je le faisais, je sais que tu ne pourrais pas m’oublier !
- Es-tu heureuse ?
- Oui cela me transporte d'être avec toi et je te promets que je ne vais pas m’enfuir cette fois.
- Je suis désolé de t'avoir ennuyée, de n'avoir pas fait l'effort de t'oublier.
- Tu ne m'as jamais ennuyée le moins du monde. C'est lui qui m'empêchait de rester plus longuement avec toi. Quand je t'appelais au téléphone et même si on n'échangeait aucun mot d'amour, il y avait une telle complicité entre nous, je te confiais tellement de choses qu'il enviait notre relation. Puis, il a fallu qu’il tombe par hasard sur une de tes lettres. Il a deviné qu'il y en avait d'autres et il m’a obligé à tout lui montrer. Il a lu tes poèmes à haute voix, prenant un malin plaisir à te tourner en ridicule, se moquant de la passion que tu avais pour moi ! Par jalousie, il m’a interdit de te joindre au téléphone. Il m’a juré que si jamais il me trouvait encore à te parler ou à communiquer avec toi par quelque moyen que ce soit, il en serait fini de nos beaux projets de mariage. J’appréciais ta joie de m’entendre, j’adorais te parler mais lui, je l’aimais par-dessus tout. Il me fallait choisir et tu étais trop gamin, ce ne pouvait pas être toi.
- Ce fut lui ! Quand mes lettres me sont revenues, je ne comprenais pas pourquoi on ne faisait pas suivre mon courrier. Je n'avais plus aucune nouvelle de toi et je pensais t'avoir perdue pour toujours.
- Le courrier s’amoncelait dans une poste restante. Une amie faisait le tri selon les ordres de mon fiancé. Mais, j'ai eu peur que tu ne le supportes pas, je savais combien tu étais dépendant de moi. Je t'ai appelé une dernière fois de l’aéroport, tu te souviens, j'étais pressée, je t'ai dit que je n'avais pas beaucoup de temps pour te parler. Je t'ai demandé d'être patient, d'attendre quelques années, que je te rappellerai plus tard te faisant promettre de ne pas chercher à me retrouver d'ici-là. Mais après, je me suis dit qu'il valait mieux ne pas réveiller notre ancienne passion et je t'ai conservé dans mon jardin secret comme un idéal perdu. J’ai vécu dans une bananeraie sur l’île de Sainte Lucie. Tu sais, cette île au relief impossible dont je t’avais parlé dans ma jeunesse et dont la nature sauvage des hautes herbes et des deux pitons rocheux me fascinait.
- Tu as eu la belle vie, loin du continent, celle que tu rêvais d'avoir !
- Pas tant que ça, bien sûr financièrement, je n'avais pas à me plaindre, il savait mener ses affaires et puis, je n'avais pas à travailler et le cadre était prestigieux. Mais quand je me suis retrouvée enceinte, il a commencé à être moins présent. Il me touchait de moins en moins. Ce n'est qu'après la naissance de mon fils qu'il s'est fait un peu plus présent mais cela ne dura pas plus d’un an et demi. Et finalement, je n'ai pas vécu le parfait amour que j'espérais ! Il m’arriva même de songer à toi, souvent tu sais !
- Pourquoi ne m’as-tu pas appelé pour me dire où tu étais ?
- J'ai bien failli parfois mais j'avais trop peur qu'il me surprenne ou me fasse suivre. Je me doutais qu’il y avait un mouchard sur la ligne. Mais plus il était rude avec moi et plus je l’aimais. Il se montrait parfois même violent quand je lui demandais où il avait passé la nuit. Vous êtes tellement différent l'un de l'autre. Tu as toujours été si doux avec moi, si gentil que je ne t’ai jamais cru sincère. J'imaginais que tu me laissais tout passer pour que j’accepte un jour de coucher avec toi. Tu ne t’es jamais emporté contre moi. J’avais l’impression de ne pas pouvoir de perdre. Et quand je te faisais des reproches sur ton manque de caractère, tu donnais l'impression d'être un jouet fragile prêt à casser. Tandis que lui, je le sentais tellement fort peut-être parce que je sentais qu'il n'avait pas besoin de moi. Tu n'imagines pas les nuits que je passais toute seule à l'attendre et à me lamenter de ne pas être aimée.
- Tu n'as pas su le retenir ?
- J'aurai bien voulu, mais je crois qu'il avait un côté aventurier trop marqué pour que je sois la seule dans sa vie. J'ai souffert et je n'ai plus supporté de dormir seule. Une nuit, j’ai quitté la propriété pour faire un tour en ville avec la jeep, j’ai fait la tournée des bars. Au petit matin, j’ai vu un attroupement de créoles qui cherchaient du travail. L’un d’eux m’a immédiatement conquis, il semblait perdu, il avait l’air mélancolique et triste comme toi. Je lui ai demandé s’il aimait jardiner. Bien qu’il m’ait répondu oui, je sentis dans le timbre de sa voix qu’il me mentait pour avoir le job tellement il était désespéré de ne pas en trouver. Je l’invitai pourtant à monter et le ramenai à la maison. Et comme je le pensais, il était guère doué bien qu’il y mettait toute sa bonne volonté.
- Tu l’as gardé quand même ?
- Je ne l’avais pas pris pour ça me dit-elle, les yeux pétillants. J’adorais regarder ses fesses musclées quand il travaillait la terre. Il dormait dans la cabane au fond du jardin. J’avais beaucoup d’ascendant sur lui, c’était normal, j’étais sa patronne. Je n’étais pas amoureuse de lui mais je fantasmais sans arrêt et j’étais si seule !
- Tu lui as fait ton numéro de charme ?
- Non, je suis simplement allé le rejoindre un soir dans sa cabane. Il dormait comme un bébé. Je l’ai rejoint dans son lit. Je me suis collée tout contre lui pour toucher ses muscles saillants. Il s’est réveillé en sursaut, s’est retourné et m’a dit : « Maîtresse ! ». Tu n’es pas mon esclave lui ai-je répondu mais je veux bien devenir ta maîtresse. On s'est rapproché, il m'a caressée et j'ai aimé qu'il me touche mais on n’a pas fait l’amour.
- Tu as su réfréner son ardeur !
- Oui. La nuit suivante, je suis restée dans mon lit pour ne pas qu'il recommence. Mais, je n’arrivais pas à dormir, j’arrêtais pas de penser à lui. Après trois heures d'insomnie, j’ai retiré ma chemisette, j’ai traversé le jardin entièrement dévêtue. Sa cahute était allumée, je suis entrée. Il était entrain de siroter un jus de fruits exotiques sur le lit, tout juste vêtu d'un short. Moi, je le regardais en me mordant la lèvre inférieure. Il a levé les yeux vers moi en me souriant. [scène omise] Alors il a desserré son étreinte et je suis sortie de la piscine bien que gênée qu'il puisse mirer mes fesses comme deux moitiés de lune. Et j'ai couru dans ma chambre me rhabiller.
- Tu as échappé belle !
- Je croyais aussi, mais le soir même après s'être absenté toute la journée, il m'a rejoint dans ma chambre. Je n'ai rien trouvé à lui dire. On s'est regardé dans le blanc des yeux.[scène omise]Il m'a contemplé dans ma nudité, j'ai baissé mes yeux me sentant un peu fautive. Il s'est rapproché de moi. J'ai fait opposition avec mon bras pour ne pas sentir la pression de son corps sur ma poitrine. [scène omise] Je ne lui disais rien, partagée entre la surprise et l'envie qu'il aille plus loin mais on a entendu la voiture de mon mari s’arrêter dans la cour. Je lui ai dit de partir, de vite s'en aller avant que mon époux nous surprenne. Ce fut la première fois que sa venue m’indisposait. Je souhaitais ardemment qu'il s'en retourne vite vers ses chères maîtresses. Ce soir là, quand j’ai croisé mon beau créole dans les couloirs, il me tapait chaque fois sur la fesse et ça m'excitait chaque fois plus. Enfin, mon époux est parti. J'ai attendu nue sur le lit que mon créole me rejoigne.[scène omise]
- Vous êtes restés amants longtemps ?
- Moins longtemps que j’espérais, il avait des copines créoles qui venaient lui rendre visite et qui passaient la nuit avec lui. Pour les faire partir, je me promenai nue pour leur faire comprendre qu’il était à moi. Je l’embrassai devant elles. Cela me permit d'en éloigner quelques unes et de le garder un peu plus longtemps mais mon mari nous a surpris ensemble et il l’a chassé en tirant en l’air avec son fusil.
- Tu ne l’as pas suivi ?
- Non, c’était juste pour le sexe et puis après ça, mon époux m’a plus quitté. Je ne sais s’il a eu peur de me perdre ou quoi mais du jour au lendemain, il a changé du tout au tout. Il restait chaque nuit et s’arrangeait pour être présent le plus possible auprès de moi.
- Il était fou de toi !
- Oui mais ça me plaisait moins, il était trop dépendant de moi. J’aime qu’on me résiste. Il a perdu tout son intérêt. J’ai commencé par lui refuser l’acte d’amour et finalement je l’ai quitté pour un homme de caractère, plus âgé.
- Tu recherchais un père ?
- Plutôt un homme qui me dompte, il avait un yacht et on a navigué sur les mers, faisant escale dans les îles. Mais le plus dur pour moi, c’est que j’ai dû laisser mon fils grandir dans la bananeraie.
- Pourquoi ne l’as-tu pas emmené avec toi ?
- Mon époux pensait qu’en le gardant avec lui, ça me forcerait à lui rendre visite mais je ne lui ai pas fait ce plaisir. Je communiquais avec mon fils par email et souvent mon baroudeur chéri faisait escale sur l’île et je passais quelques heures avec mon fils chéri sans que son père ne le sache. Quand il a été plus grand, j’ai pu le voir plus souvent.
- Et aujourd’hui malgré l’amour que tu portes à ton baroudeur des mers, tu as eue envie de me revoir ?
- Pour te dire la vérité, il est mort il y a de cela trois mois. J’ai du mal à m’en remettre et j’ai pensé à toi ! Je reviens en quelque sorte à mon premier amour. J’aurai pas cru te retrouver. Quand je suis tombé sur toi au visiophone, j’ai complètement craqué, j’ai eu envie de te revoir mais je ne fais que parler, et toi, tu as bien dû avoir quelques aventures de ton côté, n’est-ce pas ?
- Je couchais bien avec quelques-unes mais dans la jouissance, je m'imaginais toujours que c'était avec toi. Au réveil, j'avais un choc brutal en voyant la tête de la fille et je m'en allais avant qu'elle ne se réveille et jamais, je ne la rappelais.
- Comment pouvais-tu m'imaginer puisque tu ne m'avais jamais vue ?
- En leur faisant l'amour, je psalmodiais « Antéa, ô Antéa! » et chacune d’elles me reprenait avec son prénom.
- Non sans rire, tu n’as pas su m’oublier, même dans les bras d'une autre ?
- Non, j'espérais qu'un jour prochain, tu...
- Je regrette de n’être pas venue te voir quand j’étais jeune.
- C’est vrai ?
- Non, je voulais te faire plaisir, te dire ces mots que tu attendais. J’ai tellement honte de venir comme ça les bras ballants, quarante ans après.
- Mais, c'est toi mon cadeau. Et puis, j'ai toujours en tête la vision de nos deux corps nus emmêlés l'un dans l'autre bien qu'on n’ait plus le ventre plat et la peau aussi douce.
- Crois-tu que ce serait bien raisonnable à nos âges avancés?
- Peut-être pas, mais c'est le rêve de toute une vie ! Que tu reviennes enfin vers moi pour me dire qu’on va s’aimer !
- JE T'AIME.
- Est-ce un écho ? N'est-ce pas moi qui me parle à moi-même ?
- Non tu ne rêves plus, je suis là et bien là, mon amour, rien que pour toi.
- Tu dis vrai maintenant ?
- Oui ! Mais toi, dis-moi, que ressens-tu de voir le visage de celle que tu ne connaissais que la voix ?
- Cela est indescriptible, c’est tellement incroyable quand j’y pense, que tu existes vraiment, que tu aies un corps et un visage. C'est pour moi comme une fontaine de jouvence qui me ramène dans un passé revisité d’éclats de rire, un arc en ciel de bonheur qui me traverse et m’élève dans un feu d’artifice d’émotions. »
J’ai étiré nerveusement mes lèvres dans un semblant de sourire mais elles se rétractèrent sur mes dents ravagées.
« Comme j'aime te rendre heureux ! reprit-elle.
- Te souviens-tu de ce qu’on se disait autrefois quand on s’aimait ?
- On n’avait pas grand chose à se dire, juste le besoin d’être à portée de voix à défaut d’autre chose. Pardonne-moi si je suis un peu froide mais je t'avais enfoui si profondément dans mon coeur que j'ai du mal à exprimer aujourd'hui mon émotion de te retrouver. Je ne voulais pas te l'avouer parce que j'étais attirée par les aventures mais de tous les hommes que j’ai connus, tu es j’en suis sûre aujourd’hui celui que j’ai le plus aimé. Si je t’ai laissé vivre sans moi, c’est pour que tu te détaches de moi et connaisses d’autres filles.
- Je ne voulais pas que tu puisses imaginer que je t'avais oubliée.
- C'est impossible de m'oublier ! Quand j'approche un garçon, qu'il me voit, il en est déjà fini de lui. Il est pris comme un poisson dans un filet.
- Encore faut-il que tu veuilles bien l'en sortir ! Je restais à me morfondre en t'écoutant parler de tous ces garçons qui te tournaient autour.
- Ils n'ont pas eu grand chose de moi. Mon corps, c'est vrai mais qu'ont-ils représenté à mes yeux ? Je les prenais mais s'ils avaient le malheur de me parler d'amour, je les jetais comme des mouchoirs en papier. Tu vois que quelque part, je gardai mon coeur à l'abri rien que pour toi. Le plus difficile, c'était quand il te ressemblait, sais-tu qu’en faisant l’amour à mon créole, j'imaginais que je le faisais avec toi !
- Pourquoi ne l'a-t-on pas fait pour de bon plutôt qu’en parler seulement ?
- J’ai pensé qu’il valait mieux que je ne vienne pas.
- Pourquoi ? Ca m’aurait tellement fait du bien de passer une nuit avec toi.
- Je sais bien mais après ! N’aurais-tu pas davantage souffert en me voyant partir ?
- Au moins, j’aurais eu un merveilleux moment à me souvenir.
- Je savais combien tu m'aimais mais je n’avais pas suffisamment d’amour pour toi. Je me serais sentie mal dans tes bras.
- Et aujourd’hui, tu pourrais davantage qu'hier ?
- Je ne sais pas, j’ai pas réfléchi à ça dans l'avion, je pensais qu'on passerait l'après-midi à la terrasse d'un café, qu'on ne parlerait pas tout de suite de faire l'amour.
- Je voudrais ne plus te quitter.
- Je ne suis pas de la première jeunesse.
- Tu es comme au premier jour pour moi, Antéa.
- Tu rêves mon ami, je suis si lasse d'avoir vécu loin de toi.
- Tu m'as manqué Antéa.
- Toi aussi, mon adoré. Mais pourquoi restes-tu si loin de moi, approche, que crains-tu donc ! N’as-tu pas envie de te promener à mon bras comme un homme galant ?
- Je voudrais bien mais je ne peux pas !
- Tu as tort, peut-être choisirai-je de rester vivre avec toi !
- Pour ajouter un nom de plus aux pages de ton grimoire ?
- Tu n'es pas n'importe lequel, tu es le premier qui ait compté ! Et surtout, tu es mon chéri de toujours.
- Rien qu'à toi ?
- Rien qu'à moi ! Je te promets de rester avec toi pour te donner tout cet amour que depuis si longtemps tu espères goûter de nouveau.
- Me proposes-tu de devenir ton mari ?
- Si tu veux bien de moi ?
- C’est parfait, voilà tout ce que je désirais entendre.
- Comment ça !
- Je t'ai menti ! Je ne suis pas libre ! Je n'ai pas pu attendre ton retour. Je t'ai trompé. Elle avait seulement vingt ans, un corps de mannequin et trente ans de moins. Quand elle s’est dévoilée dans mon appartement, j’ai pas pu lui refuser. Je me suis marié avec elle et nous vivons encore une folle histoire d’amour dix ans après.
- Tu me déçois profondément, je n’aurais jamais cru que tu pouvais m’oublier ? Ai-je représenté si peu ! Que vais-je devenir si tu ne veux pas de moi ?
- Mais je sais quoi faire de toi, je vais te refiler à Adonis. Il sort d'une histoire tragique. Il est veuf depuis peu. Il a besoin d'un exutoire à sa passion. Il a besoin du sexe d'une femme pour oublier. Tu l’appelleras et tu lui donneras tout cet amour que tu me réservais.
- Ha, t’es pas gonflé, toi ! Pour un peu, tu me vendrais. Mais, c'est toi que je veux, c’est toi que j’aime. Pourquoi veux-tu que j’aille avec lui ?
- Par amour pour moi, c’est tout, quand on aime, on ne discute pas !
- Je ne l’aime pas mais si ça peut te faire plaisir, je le ferai volontiers car je t’appartiens, et donc "j’ai envie de tout ce que tu as envie, je désire tout ce que tu désires et j’aime tout ce que tu aimes .
- Parfait, je suis sûr qu’il apprendra à t’aimer. Je dois te quitter, ma jeune femme m'attend à la sortie de l'aéroport, j’appellerai Adonis pour me tenir au courant de tes prouesses.
- Comment peux-tu être si pressé de t'en aller loin de moi !
- Cela fait des années que je ne ressens plus rien pour toi !
- Je ne peux pas te perdre, je ne le supporterais pas !
- Il va bien falloir pourtant, c'est ton tour !
- Mais, je t'aime !
- Moi aussi, je t'aimais. Mais aujourd'hui, je ne t’aime plus. Adieu Antéa fis-je en me retournant.
- Pardonne-moi, je t'en prie, reprends soin de moi, redeviens amoureux de moi !
- Mérites-tu un tel amour ! Il a suffi qu'un homme t'abandonne pour te souvenir que j'existais. Ne suis-je que la cinquième roue du carrosse que tu peux laisser en bord de chemin et reprendre plus tard quand tu le souhaites ?
- Tu m'en veux !
- Comment pourrais-je t'en vouloir ? Je n'ai fait que te manipuler en disant t'aimer et attendre ton retour et comme prévu, tu reviens vers moi en désespoir de cause parce que tu n'as plus personne à aimer.
- Oui, mais tu m'avais dit que je pourrais revenir quand je voudrais, je croyais que tu m’accueillerais à bras ouverts. »
Emportée par ton coeur, tu t’élances vers moi, cherchant à m’étreindre. Mais tes bras pénètrent ma chair inconsistante et s'entrechoquent violemment. Mon image disparut aussi vite qu’un artefact. Quelque part, un programme en chassait un autre. Une voix de synthèse agréable reprit :
« Vous dialoguiez à l’instant avec un hologramme interactif d'intelligence artificielle de génération hyper-réaliste, type X02R, version 23.7. Gémani avait prévu votre retour, il avait fait préparer quelques réponses toutes faites à vos interrogations. Si seulement vous n'aviez pas cherché à le retenir, vous n'auriez pas eu à connaître l’affreuse vérité ! Seulement, au vu de votre attachement pour lui, nous nous devons de vous révéler toutes les informations le concernant et qu’il aurait souhaité emmener dans sa tombe. S'il n'est pas venu en personne, c'est qu'il est décédé des suites d'une tumeur cérébrale, il y a presque dix ans. Dans son délire, les derniers jours de sa vie, il s'imagina que vous étiez revenue auprès de lui, nos banques de données ont retrouvé la bande sonore où sont enregistrés ses derniers mots à l’hôpital, la voici :
« Sèche tes larmes. Je suis le plus heureux des hommes que tu sois là. Je ne regrette pas d'être resté vierge dans l'espérance de ton retour. Mais non, même si tu en as connu d'autres, il n'y a que toi qui m'aies aimé. Dommage que je doive partir alors que je viens juste de te retrouver. J'aurais seulement voulu rester vivant un peu plus longtemps et qu'on puisse apprendre à se connaître. Mais c'était sûrement trop te demander. Que tu me dises vouloir le faire dans cette chambre d'hôpital suffit à balayer toutes mes peines et à partir le coeur joyeux et l'esprit serein ! Ca y est, je sens que mon heure vient, je m'en vais Antéa, tu ne m'oublieras pas cette fois, n’est-ce pas ? Adieu ma belle, adieu mon aimée farouche ! »
Le programme reprit :
- Nous vous remercions d'avoir utilisé Videolab Hologramic Service et restons à votre disposition pour toute utilisation ultérieure. Nous vous souhaitons une agréable journée. (Clic, Clac.) »
La larme à l’oeil, Antéa resta un moment dans l’espace réservé aux voyageurs en partance, assise sur un banc, l'esprit loin dans le passé, du temps où elle l'appelait, du temps où elle avait encore assez d'amour pour lui téléphoner.


 
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Table des matières : 
Une passion dévorante
Les apparitions fantomatiques
Psychothérapie amoureuse
La confession de Méphisto
Les conséquences d'un oubli
Une si vague idée
Les mensonges du passé
Voir plus grand
La ballade de Méphisto
La tache rouge sale
Un ligand d'éternité
Génération "love in fun"
Les délires de Morphée
Qui ne dit mot consent
La fiancée de Gulliver
Les gestes de la passion
Le vertige du désir
Le monstre qui se cache
De la technologie à l'amour
Séquestration abusive
Une lettre pour te dire
Approche détournée
Pomme d'Amour
Ce qu'il m'en reste
Les sauveurs du monde
Un remords perpétuel
L'hôtel des plaisirs
Un harem chez les amazones
Les corps emmêlés
Inoubliable
Douze ans que ça durait déjà
Au bout de la vallée calcinée
La chute des souvenirs
Au pays des géants
L'oncle d'Amérique
Astral Voyager
Le matelas vibrant
Les retrouvailles séniles
Le ballet de la plage
Victime d'amnésie
Apothéose
Scènes omises