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HISTOIRES D'AMOUR
 
 

Le matelas vibrant



Antéa avait disparu. Joanne, inquiète, t’avait appelé pensant qu’elle s’était peut-être réfugiée chez toi. Mais non, tu ne t’étais pas rapprochée d’elle depuis la soirée où elle avait couché avec ton copain footballeur, tu l’avais même complètement perdue de vue. Des flashes te revenaient de ces moments si beaux que tu avais vécus avec elle, que ce soit aux sports d’hiver, dans les bars et les calanques mais aussi de ces moments difficiles où elle voulait en finir, qu’elle te semblait si désespérée, si perdue face au monde angoissant dont elle s’extirpait en virevoltant dans le tourbillon de la défonce. Quand sa mère a raccroché, prise d’un doute, tu m’as appelé pour partager ton inquiétude.
« - Gémani, Antéa n’est pas rentrée chez elle depuis hier soir et sa mère est folle d’inquiétude. D’habitude, elle ne manque jamais de la prévenir quand elle couche dehors. tu ne l’as pas vue ?
- Crois-tu qu’elle serait venue chez moi ?
- Ben, j’aurais cru que tu te serais montré plus inquiet, tu ne te soucies plus d’elle ? Elle a peut-être été enlevée par un malade ! »

Bien que j’eusse emménagé depuis quelques mois à Marseille, cela m’avait demandé une longue préparation. J’avais noté les heures où elle quittait ses cours de l’Institut d’Etudes Politiques. J’avais loué aussi les services de deux costauds. A l’heure dite, ils l’avaient coincée dans une ruelle sombre où je leur avais dit qu’elle passerait. Bien qu’elle opposât une vive résistance, ils l’immobilisèrent contre le macadam. Menottes aux poignets et cagoule sur la tête, ils la poussèrent sans égards dans le fourgon. Arrivés à destination, ils ôtèrent ses menottes et la jetèrent sans ménagement sur un sol instable et mouvant qui la fit chuter après quelques pas mal assurés.

Elle entendit le fracas de la porte blindée se refermant derrière elle. Elle retira la cagoule et vit qu’elle était dans une pièce entièrement matelassée du sol au plafond. Elle alla se recroqueviller dans un coin, se rongeant les ongles, scrutant les environs à la recherche d’une brèche. C’est alors qu’elle aperçut la caméra pivotante au milieu du plafond, si haute qu’elle ne pouvait pas l’atteindre, même en sautant. Celle-ci en tournant autour de son axe, suivait le moindre de ses déplacements. Elle a joué à cache-cache avec l’objectif en tournant autour de la pièce mais il n’y avait rien à faire. Alors, elle envisagea de la casser, elle retira une de ses sandales et l’envoya contre la caméra de toutes ses forces pour la briser mais elle ne fit que rebondir sur la coque protectrice de celle-ci.

C’est alors qu’un matelas mural se mit à vibrer en faisant un bruit assourdissant. Curieuse, elle s’en approcha et quand elle l’effleura de la main, il s’éleva au plafond laissant apparaître une seconde pièce en tout point identique à la première si ce n’est qu’au centre était disposé un plateau avec une assiette de salade composée avec du fromage, des noix et un plat de couscous, avec pour dessert des bananes et des fraises à la crème, le tout sur une jolie nappe noire et or avec une serviette assortie dans un rond de bois. Les assiettes étaient en papier renforcé. La cuillère, le verre et la bouteille d’eau était en plastique. Fourchette et couteau avaient été omis dans la crainte qu’elle cherche à s'entailler les veines ou se crever un oeil pour échapper à la souffrance de son enfermement.

À peine s’était-elle installée en tailleur pour se restaurer que le matelas reprit sa position d’origine. Elle semblait se régaler de chaque bouchée, si bien qu’après chaque plat, elle rota comme on fait chez nous. Quand elle eut fini, elle se recula pour s’asseoir contre le matelas mural. Les minutes s’égrenaient et je la voyais serrer ses jambes entre ses bras, toute recroquevillée sur elle-même. Le matelas se replia au plafond comme précédemment. Elle pencha la tête et vit deux pots et un rouleau de papier hygiénique. Elle y fit ses besoins bien que gênée de se savoir observée. Le matelas retomba lourdement. Dix minutes plus tard, le matelas se leva de nouveau. Elle entra dans la pièce adjacente, les assiettes et les déchets du repas avaient disparu. Il y avait une bonne odeur de frais avec un parfum subtil. Dans un coin, il y avait deux bassines remplies d’eau fraîche, avec un savon au lait, un gant et une serviette éponge pour sa toilette du soir. Ce qu’elle fit rapidement et superficiellement sans ôter ses vêtements. Dans le coin opposé, on avait disposé des draps, des couvertures et une robe de chambre. À peine les avait-elle arrangés pour se faire une literie convenable que la lumière baissa un peu d’intensité. Elle retira ses sandales et entra toute habillée dans les couvertures, robe de nuit à la main, se déshabillant sous les draps à mon grand regret. Elle plia soigneusement ses vêtements et sa petite culotte. Elle envoya son tampon usager dans la bassine et se tourna sur le côté. La lumière déclina lentement pour laisser place rapidement à l’obscurité la plus totale. Je l’observais un moment encore par la caméra infrarouge. Elle avait du mal à s’endormir, elle se tournait sur le ventre, sur le dos, sur les côtés suçant son pouce comme la petite fille qu’elle avait pourtant cessé d’être. Finalement quand je vis qu’elle ne bougeait plus, je l’imitai en plongeant sur mon matelas à eau manquant de le faire éclater.

Mais, je fus réveillé au milieu de la nuit par des injonctions assourdissantes.
« Et vous m’entendez là-haut, y a-t-il quelqu’un qui m’écoute ? Gémani, si c’est toi, parle-moi, au nom de notre complicité passée ! »
J’éteignis le micro et me rendormis jusqu’au matin. Quand je me suis levé, je me suis précipité sur la console pour la contempler de nouveau. Je rebranchai le micro. Je n’entendis rien, elle devait encore dormir. J’ai appuyé sur des boutons pour que l’éclairage se fasse progressivement dans les pièces matelassées. Je fus assailli par une voix agressive.
« C’est pas trop tôt, tu fais chier, merde ! »

Oh, la demoiselle était irritée ! Elle se rua sur le matelas mural qui cachait la porte en le martelant de ses poings, tout en se mordant la lèvre inférieure. Quand elle fut épuisée, elle éclata en larmes, s’écroulant délicieusement sur le sol matelassé.
Je venais de raccrocher le combiné. Je me disais que ça ne servait à rien. D’accord, elle était présente, je pouvais l’admirer mais elle ne m’aimait pas davantage. La journée passa très vite. Elle feuilletait des magazines que j’avais spécialement choisis pour elle. Le soir venu, je préparais un dernier repas composé principalement d’une part copieuse de tartiflette fait maison en mêlant à la préparation habilement trois somnifères légers réduits en poudre. Elle en mangea suffisamment pour s’endormir assez rapidement. J’ai ouvert la porte, me suis penché sur elle, un peu ému. Je l’ai entourée de mes bras, ses paupières ont frémi. En passant mes mains sous ses cuisses pour la soulever, je sentis qu’elle était trempée, elle avait fait sur elle ! Effrayé à l’idée qu’elle ouvre passablement les yeux et me reconnaisse, j’ai couvert son visage avec la housse de l’oreiller. Je l’ai transportée non sans mal jusqu’à la voiture. Elle était si encombrante que j’ai failli la lâcher en ouvrant la portière. Je l’ai installée confortablement à l’arrière.
« Mon Gémani, c’est toi ? bafouilla-t-elle. »

Elle délirait dans son sommeil forcé, mais je ne m’en suis pas inquiété. J’ai démarré et j’ai conduit précautionneusement jusque chez elle. Je l’ai prise dans mes bras pour la déposer emmaillotée de draps et de couvertures dans le jardin fleuri de sa villa, entre les palmiers juste derrière le parterre de tulipes. J’ai retiré la housse pour voir son visage une dernière fois. Je suis resté de longues minutes à contempler son visage endormi. Elle était si belle. J’avais envie de l’embrasser mais je me suis retenu de peur de la réveiller et de lui voler ce qu’elle ne me donnerait jamais naturellement. A contrecoeur, j’ai pris le chemin du retour.
Mais qu’elle ne fut pas ma surprise quant au lendemain, elle m’appela aux aurores !
« Gémani, pourquoi tu ne m’as pas gardée près de toi, tu ne m’as pas trouvée assez belle ? »
Aïe, me suis-je dit, elle était convaincu que c’était moi !
« Si tu me plaisais beaucoup mais je ne supportais plus de te voir enfermer. Je ne trouve pas mon plaisir en restreignant ta liberté. J’aime t’imaginer aller où tu veux et rencontrer qui tu aimes.
- Tu sais, je ne t’en veux pas de m’avoir enlevé. Tu as été si prévenant. Donne-moi ton adresse, c’est tout juste si Danaé m’a donné ton numéro. Elle est tellement possessive avec toi ! »

Je lui indiquais l’endroit, elle raccrocha et une heure après, elle sonna à l’interphone. Et une minute plus tard, elle frappa à la porte. Très ému, je lui ai ouvert reculant de quelques pas au cas où elle lèverait sa main pour me gifler. Mais elle était souriante. Elle s’était lavée, les cheveux coupés à la Louise Brooks. Un vrai bijou de collection à faire encadrer.
« Fais-moi voir le lieu où tu me retenais prisonnière ! me lança-t-elle. »
À peine sommes-nous entrés dans la pièce matelassée qu’elle vint se suspendre à mon cou en m’embrassant fougueusement. Je l’entendis me susurrer :
« T’as envie de moi ?
- Oui ! ai-je répondu bêtement. »

Elle me fit coucher sur le matelas qu’elle avait souillé la nuit dernière, défit ma ceinture, déboutonna ma chemise, passant délicatement ses mains à plat sur mes pectoraux. Elle me ferma les yeux en passant ses doigts sur mes paupières. Je l’ai sentie se relever, elle a serré mes flancs entre ses chevilles. A mesure qu’elle se déshabillait, je sentais le chute de ses vêtements et le poids croissant sur mon ventre. Je me régalais à l’idée de la voir bientôt nue. D’un moment à l’autre, elle allait me demander de rouvrir les yeux pour que je voie l’éclat de sa nudité. Mais vlan, elle est partie en faisant claquer la porte derrière elle ! Pour me consoler, je n’avais que ses vêtements. [scène omise]

Bientôt, je vis la caméra suivre chacun de mes gestes. Elle était dans la salle des commandes, tout là-haut qui m’observait. Elle allait enfin s’occuper de moi. Elle tenait sa revanche et ce serait terrible !

Commentaires : Voila, ca y est, je l'enlève, elle est à moi sauf que je ne lui ai pas demandé son avis. Comme un petit oiseau dans sa cage, je peux l'observer aussi longtemps que je veux, je peux prendre soin d'elle. Mais, aime-t-on l'autre en restreignant sa liberté de mouvement ?

Je me rends compte que j'ai eu tort. Je la libère, mais elle revient se venger et m'enferme à son tour.

 

 
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