Danaé
et Antéa étaient de l’autre côté
de la route. Elles avaient dû se réconcilier.
Elles étaient bras dessus, bras dessous. Elles
riaient à gorge déployée, affichant
des mimiques bien à elle. Mais Antéa perdit
son sourire éclatant quand elle m’aperçut.
Je traversai entre les voitures pour les rejoindre au
plus vite sur le trottoir d'en face. Danaé s’est
avancée pour me faire la bise mais quand je me
suis approché d’Antéa, elle s’est
écartée en se cachant derrière Danaé.
Nous marchions tous les trois, côte à côte.
Moi d'un côté, Antéa avec sa mine
boudeuse des mauvais jours de l'autre avec Danaé
au milieu. Antéa regardait parterre, elle était
perdue dans ses pensées, Danaé regardait
loin devant elle et moi, je les regardais de profil. On
est entré dans un parc. On s’est allongés
sur la pelouse. Les touffes de gazon fraîchement
coupé enivraient mes sens. Danaé rompit
le silence :
« Alors, vous n'avez rien à vous dire tous
les deux ?
- C’est qu’elle n’a pas l’air
d’être heureuse de me voir !
- Elle ne le montre pas. Au téléphone, elle
fait la coquine. Mais dans la réalité, elle
perd tous ses moyens. Elle regrette le mal qu’elle
t’a fait et aujourd’hui, elle voudrait sortir
avec toi.
- Danaééééé ! fit Antéa
en fusillant son amie du regard.
- Ben quoi, c’est pas vrai, peut-être ? Je
vais vous laisser vous retrouver, vous devez avoir sûrement
plein de choses à vous raconter. »
Nous avons suivi Danaé du regard entre les troncs
d’arbre. En tournant la tête vers Antéa,
j’ai croisé ses doux yeux verts mais elle
n’a pas pu soutenir mon regard. J’ai pris
sa main dans la mienne, elle a levé ses yeux vers
moi en haussant les sourcils d’étonnement.
Elle était prise de frissons. J’avais envie
de la serrer contre moi pour la réchauffer et la
rassurer de toute ma passion.
Danaé revint vite nous trouver avec des cornets
de glace. Cela détendit l'atmosphère étouffante.
Ils furent vite mangés. Le ciel était noir
et menaçant. Un orage éclata et il se mit
à pleuvoir lourdement. J’ai retiré
ma veste de jean pour en habiller Antéa. Ensuite,
je l’ai serrée contre moi. Elle a gardé
ses bras le long du corps. C’est à peine
si je sentais la pression du bout de ses doigts sur mes
flancs. Elle avait une forte carrure et c'est plutôt
moi qu'elle aurait dû bercer tendrement. Elle était
impressionnante mais elle n'en donnait pas l'air tant
elle était émue. C'était l'effondrement
total de sa personnalité habituellement revêche.
Que pouvais-je espérer de plus ! Elle était
là, vraiment là, mais complètement
à l’abandon se laissant porter par les événements
à venir.
Comme
la pluie ne semblait pas vouloir cesser, je leur proposai
de passer à mon hôtel. Là, tous les
trois, on s’est étalés sur le grand
lit et on a parlé de nos souvenirs communs. Je
voyais les cuisses découvertes de mes deux amies
qui se tenaient par la main. Je me suis agenouillé
entre elles et me suis risqué à défaire
les boutons de leurs chemisiers. [scène
omise]
Comme l’averse avait cessé, elles m’invitèrent
à sortir. On passa la fin de l'après-midi
à la terrasse d'un café en bord de mer,
sur la plage déserte. Danaé paraissait encore
un peu fâchée contre moi parce que j’avais
fait peu cas de sa présence, elle ne parlait pas
semblant être ailleurs. Antéa qui semblait
tout à fait épanouie, les yeux étincelant
de bien-être, soutint mon regard pour m’annoncer
:
« Tu vois Mani, si j'avais su combien ce serait
formidable, je t'aurais rejoint dans ta chambre meublée
la fois dernière.
- C’était bien mieux d’attendre et
de le faire à trois ! »
Danaé sourit mais elle semblait pensive.
« Au fait, tu lui dois une partie de jambes en l’air,
rajouta Antéa.
- Mais, je n'y manquerai pas. Elle est tellement délicieuse.
»
Sous la table, je m’étais déchaussé.
[scène omise]