Elle scrutait la noirceur du paysage qui défilait
devant elle. Le train ralentit progressivement et finit
par s’arrêter. Quand elle descendit, elle
prit une bouffée d’oxygène, de cet
air pur du dehors qu’il fait si bon respirer. Elle
n’en revenait pas d’être venue finalement.
Son regard était mêlé d’une
joie profonde mais aussi d’une certaine inquiétude.
Elle semblait vouloir éterniser cet instant en
faisant comme si elle cherchait quelqu’un au loin,
dans la nuit noire, mais personne ne l’attendait
et elle le savait bien. Elle quitta les quais, sortit
de la gare, vit une cabine téléphonique.
Elle sortit son sac à main de sa valise, plongea
sa main à l’intérieur. Mais, elle
ne semblait pas trouver ce qu’elle y cherchait,
elle commençait déjà à s’énerver.
« L’ai-je oubliée, se disait-elle !
» Nerveuse, elle renversa le contenu du sac parterre
faisant un tintamarre de tous les diables. Soulagée,
elle ramassa la carte, s’élança et
percuta tête la première la porte vitrée
de la cabine. Elle se toucha le front à l’endroit
où elle avait mal, poussa lentement sur la porte
et composa un numéro d’appel de mémoire,
des numéros qui avaient été souvent
pour elle, son seul recours à ses longues nuits
d’ivresse, combien de fois les avait-elle composés
de Marseille et d’ailleurs !
Dés
la fin de la première sonnerie, une voix à
peine sortie des draps lui répondit :
« Oui ?...OUI ! comme s’il s’énervait
qu’on ne lui réponde pas.
- Tu me rappelles ?
- Tu sais quelle heure il est !
- Pardon !
- Pourquoi tu m’appelles si tard ? Laisse-moi dormir,
rappelle-moi quand il fera jour.
- Pardon ! Indignée qu’elle était
qu’il ne soit pas fou de joie d’entendre sa
voix et même qu’il veuille raccrocher !
- Ben quoi ?
- Ha ben, ça fait plaisir. Dés que j’arrive,
je pense à t’appeler, et toi, voilà
comment tu m’accueilles, ça ne te fait pas
plaisir que je t’appelle ?
- Bon, ça va, je te rappelle.
- C’est sûr ? dit-elle d’une voix implorante.
- Oui à la condition que ce soit toi qui raccroches
parce que moi je n’arrive jamais à couper.
»
Elle lui dicta rapidement les chiffres et elle raccrocha.
Elle
attendit dés lors, mais il ne rappelait pas, cela
faisait cinq minutes déjà. Elle esquissait
un sourire au coin des lèvres. Elle refit le numéro
et dés qu’il décrocha, lança
:
« Tu ne veux pas me rappeler ?
- Je te jure que j’ai essayé mais ça
n’a pas marché. Sur l’annuaire, ils
disent de rajouter deux zéros pour l’étranger
mais je suis tombé sur les renseignements internationaux
pour un appel en PCV. L’hôtesse m’a
dit de ne pas mettre le zéro que tu m’as
dit. Ca va peut-être marcher cette fois, je te rappelle
immédiatement...
- Attends, je...
- Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?
- Est-ce que tu aurais envie de me voir en vrai ?
- Mais bien sûr, tu crois que tu vas encore me prendre
à ton petit jeu ? Combien de fois m’as-tu
promis de m’envoyer ta photo et jamais je ne l’ai
reçue ! Jusqu’à la dernière
fois où tu me l’as encore proposée
et que je t’ai répondu si tu te souviens
bien, que je préférais garder une idée
imprécise pour ne pas briser l’idéal
que je m’étais fait de toi.
- C’était pour voir combien l’idée
de me voir en vrai te faisait plaisir ! Je suis heureuse
de te parler.
- Moi aussi...
- [...] Qu’est-ce tu fais ?
- Je dormais, vois-tu !
- [...] Je t’aime.
Après un silence de quelques secondes, le temps
de reprendre mes esprits, elle continua :
« Tu ne réponds rien ?
- Que veux-tu que je réponde ! Je n’aurais
pas cru que tu me répètes cela un jour.
Je suis sous le choc, là.
- Tu sais, j’ai changé, je suis une vraie
femme maintenant, je ne suis plus la petite étudiante
paumée que tu as connue.
- Pourquoi tu me dis ça ?
- [...] Oh pour rien ! Ne devines-tu pas pourquoi je t’appelle
?
- Non, j’vois pas.
- Pour te souhaiter un joyeux anniversaire, Mani.
- C’est bien la première année où
tu le fais. Tu vois que tu es adorable quand tu veux.
- Excuse-moi pour toutes ces années. Je voulais
que tu vives des aventures, que tu n’attendes pas
mon bon vouloir en perdant des occasions de vivre l’amour.
Tu sais à l’époque, je n’avais
plus de sentiments pour toi, juste une amitié qui
naissait face à ton amour trop grand.
- N’étais-tu pas flattée d’être
aimée autant ?
- Encore aurait-il fallu que je t’admire comme avant
! Je préférais passer d’un homme à
l’autre pour en goûter un maximum et ne pas
me prendre la tête comme toi.
- Pourquoi ?
- Hé bien, inconsciemment, ton amour m’était
pesant et si je couchais avec eux, c’était
pour me forcer à croire que je ne t’aimais
plus...
- N’était-ce pas plutôt parce que tu
avais peur de les voir partir, qu’ils se lassent
de la relation parce que tu ne leur accordais pas tes
faveurs ?
- Laisse-moi continuer au lieu d’émettre
des hypothèses. En couchant avec eux, je savais
bien que je ne trouverais jamais quelqu’un qui m’aimerait
autant que toi.
- Crois-tu sérieusement qu’il s’agissait
d’amour ?
- Parce que ce n’en était pas ?
- Je ne faisais que m’accrocher à un passé
merveilleux, à la seule fille qui m’ait jamais
dit « je t’aime » en larmoyant, me suppliant
de l’aimer aussi. En vérité, j’ai
jamais su comment t’aimer !
- Détrompe-toi ! Tu m’as toujours laissé
libre. Tu es merveilleux. Je t’appelle quand j’en
ai envie. Qui plus est, tu as appris à reconnaître
ce que j’aimais chez un homme, qu’il ne dise
pas oui tout de suite, qu’il soit chiant, et au
fil des années, tu t’es changé pour
me convenir, n’est-ce pas la plus belle preuve d’amour
qu’on puisse trouver ?
- Ne penses-tu pas que lorsqu’on veut faire changer
l’autre, c’est qu’on n’aime pas
sa nature originelle !
- Mais je ne t’ai pas fait changer, c’est
toi qui l’as fait tout seul. Je t’avoue que
cela me faisait rire que tu m’entretiennes financièrement.
J’étais fière devant les copines mais
cela ne m’a jamais fait t’aimer davantage.
- Mon seul bonheur est d’entendre ta voix. Je suis
tellement heureux quand tu te confies à moi. Je
voudrais toute ma vie à ta bouche m’abreuver
de tes mots. C’est en toi que je trouve l’énergie
pour aller plus loin. J’ai tellement de chance que
tu ne m’aies pas oublié au fil des années.
- Je sais que tu as encore besoin de moi. Dés que
tu reconnais ma voix, je sens bien dans le timbre de la
tienne comme un immense bonheur qui t’envahit. A
chaque fois, je me sens tellement bien de te rendre si
joyeux. Mais souvent, comme je ne veux pas te faire dépenser
trop de téléphone et que je sais combien
il est difficile pour toi de raccrocher, je trouve une
vacherie à te dire. Tu prends la mouche au quart
de tour pour me faire croire que tu as du caractère.
Tu me dis "bon, allez, au revoir" mais finalement
c’est toujours moi qui raccroche en fin de compte.
Mais, n’est-ce pas moi qui te rappelle ensuite !
- Je n’étais pas certain que tu me jouais
la comédie. Je pensais ne plus rien représenter
pour toi.
- Je t’ai rendu malheureux tant d’années.
Je m’en veux tellement, tu sais. Pardonne-moi, j’ai
été idiote de n’avoir pas su reconnaître
en toi l’homme de ma vie.
- Mais non, c’est grâce à toi que j’ai
vécu. Tu étais le tremplin de mes espoirs,
la nourriture de mes émotions, la joie de mon esprit
et le sang de mes artères.
- Et si, je t’avais aimé sans discontinuer,
n’aurais-tu pas été plus heureux encore
?
- On ne peut changer le passé. Et puis, j’aimais
à te savoir entourée, à te savoir
prise par des hommes que tu apprécies davantage,
des hommes forts et irrésistibles. Et même
si tu couchais avec eux bien trop facilement, je l’interprétais
comme un refus d’amour platonique, une fuite en
avant pour ne pas retomber amoureuse.
- J’ai besoin de toi fit-elle d’une voix étranglée.
Je ne veux plus connaître d’autre homme que
toi. Voudrais-tu que je vienne te voir ?
- La quarantaine dépassée, quelle vie peux-tu
espérer avec moi ! Ne vas pas foutre en l’air
les belles années qui te restent pour un homme
avec lequel tu ne peux rien construire. Et puis, on détruirait
tout ce qui nous lie si un jour on venait à se
voir. On ne peut se désirer qu’à la
condition de rester éloignés l’un
de l’autre.
- Mais, je veux t’aimer d’un amour vrai, concrétiser
dans la chair cet amour que tu accumules pour moi depuis
tant d’années.
- Si tu veux m’aimer, je regrette de te le dire
mais c’est que tu ne m’aimes pas. Tu n’as
pas à te sentir redevable. Je n’ai pas fait
tout cela pour que tu me rembourses en nature de mes dépenses.
Je n’ai jamais voulu acheter ton amour. Tiens, te
souviens-tu quand tu as recommencé à m’écrire
?
- La carte postale d’Allemagne ! Et pourtant, tu
ne peux pas imaginer combien je craignais qu’en
faisant cela, tu retombes désespérément
amoureux de moi. Mais je ressentais déjà
la responsabilité de veiller sur toi pour ce qu’on
n’avait pas vécu ensemble. Alors j’accouchais
sur le papier du faible que j’avais pour le dernier
homme rencontré pour que tu me saches prise. Tu
ne le sais sans doute pas mais cette année-là,
j’avais repris contact avec Danaé. Et dans
sa chambre, j’avais découvert, sur sa table
de nuit, une lettre de toi. Je n’ai pas pu m’empêcher
de la lire et ça m’a mise hors de moi. Comment
osais-tu t’enticher d’elle ! J’étais
affreusement jalouse parce que je voyais à la manière
dont tu lui écrivais qu’il y avait une immense
complicité entre vous, tellement plus grande qu’entre
nous. Quand Danaé me vit ta lettre à la
main, elle n’en menait pas large, je te prie de
croire. Je l’ai réprimandée violemment
: « Alors c’est comme ça que tu n’en
as rien à foutre de lui, t’es rien qu’une
garce. » Pour se faire pardonner, elle a été
forcée de me montrer toutes tes lettres et y en
avait, y en avait tant qu’à vrai dire, je
ne suis pas allée au bout. Ca m’a donné
l’impression que si tu lui écrivais tant,
c’était que de savoir que c’était
elle qui te lisait t’inspirait davantage que si
c'était moi.
- Il était plus facile de lui témoigner
combien je t’aimais plutôt que de te l’avouer
et encore me faire rabrouer et t’entendre me dire
que tu ne m’aimais plus.
- Mais comment voulais-tu que je devine ta passion pour
moi puisque tu ne m’en parlais plus ! Mon Gémani,
tu voudrais coucher avec moi ?
- Non, si je te voyais prête à me faire l’amour,
j’exploserais de tellement de bonheur que la vie
s’enfuirait par tous les pores de ma peau.
- Mani, je veux te faire l’amour.
- Je n’ai plus de désir pour toi. Je t’aime
au-delà du descriptible. Crois-tu que nos âmes
aiment à se rencontrer, à parler de nos
égos qui ne font que se faire du mal ?
- Je suis fatiguée, Mani. Je ne veux plus courir,
je ne veux plus séduire. Je ne veux plus chercher.
Je ne veux plus qu’un autre me touche. Je veux être
à toi.
- J’ai de la chance que tu sois à l’autre
bout du monde.
- Tu ne penses qu’à toi, t’as pas changé
finalement. Tu n’imagines pas combien je souffre
que tu sois si loin ! »
Elle raccrocha la larme à l’oeil. Si seulement,
elle avait été dans cette contrée
inhospitalière plutôt que proche de lui !
Elle
prit un taxi et donna l’adresse au chauffeur. Il
regardait par la fenêtre ne parvenant pas à
la chasser de son esprit quand on frappa à sa porte.
Malgré l’heure matinale, il alla ouvrir et
elle était là ! Elle était amusée
de le voir ainsi décontenancé, abasourdi.
Il la pria d’entrer d’un geste avenant de
la main car de sa gorge, il ne sortait que des onomatopées.
Faisant comme si elle se trouvait chez elle, elle s’allongea
de tout son long sur le canapé de cuir, les pieds
croisés sur un des accoudoirs et la tête
sur l’autre, pour se détendre enfin de sa
longue traversée. Il s’assit sur le fauteuil
en la regardant du coin de l’oeil sans trop savoir
s’il devait venir près d’elle. Elle
n’osait pas parler non plus. Craignait-elle de rompre
la magie de l’instant laissé blanc ?
N’y pouvant plus, se sentant tourmenté, il
préféra s’isoler dans sa chambre,
s’allongeant sur le lit. Il se sentait exploser
de toute part, son cerveau bouillonnait. Il avait comme
l’impression que son appartement n’était
qu’un décor chancelant. Il voyait autre chose
que ses alentours familiers, des vagues brumeuses de passion
le tenaillaient. Elle aussi avait senti un tel chavirement
de l’esprit. Jamais auparavant, un homme ne lui
avait fait autant d’effet. Elle se sentait différente
mais sans pouvoir définir en quoi. Abasourdi, il
remerciait Dieu comme à son habitude, comme chaque
fois qu’elle lui avait téléphoné,
comme chaque fois qu’il avait reçu une lettre
de Danaé. Il rendait grâce à Dieu
pour ce trop plein de bonheur. Il n’en était
pas digne. Alors qu’il priait encore son Dieu, il
entendit les pas de sa charmante qui approchait dans le
couloir, son entrée fracassante dans la chambre.
Il ressentit le léger déséquilibre
produit par la pression des genoux de sa charmante sur
le matelas et finalement le corps de sa belle tout entier
contre le sien. Il sentait la poitrine généreuse
se serrer contre son torse, il entendait les battements
de son coeur à l’unisson du sien et humait
le souffle frais de sa respiration sur son visage. Leurs
lèvres s’effleuraient sans se rejoindre encore.
Il était heureux, pleinement heureux. Qu’aurait-il
pu désirer de plus ?
Elle l’embrassa au coin de ses lèvres et
ce fut pour lui comme mille baisers d’une autre
femme. Elle était heureuse de lui donner autant
de bonheur avec un seul baiser.
Quand
il se réveilla, il n’avait plus d’envie
parce qu’elle était là, alors il se
rendormit plus heureux encore. Ils ne se parlaient pas,
quel besoin en auraient-ils eu ? Ils savaient déjà
tout l’un de l’autre et plus rien n’existait
autour d’eux.
Il pensait être devenu fou, il était même
sûrement fou, il devait être dans un asile
et prendre ses fantasmagories pour la réalité.
Elle ne pouvait pas être là. Elle ne l’aimait
plus. Elle avait cessé de l’aimer bien des
années auparavant et il savait bien au fond de
lui que jamais plus, elle ne l’aimerait de nouveau.
Ce n’était pas possible, pas croyable, qu’ainsi
elle se donna à lui après tant d’années
passer à rêver d’elle. Elle n’avait
plus aucun intérêt pour lui, elle le connaissait
trop bien. Elle avait d’autres hommes à découvrir
de part le monde, des hommes plus intéressants.
Pourquoi donc serait-elle là ? Il lui a demandé
de partir. C’était parce qu’elle méritait
bien mieux que lui. Elle ne devait pas se sacrifier pour
un amour du passé, un amour qui avait déjà
vécu et dont la renaissance ne pouvait atteindre
la passion d’une union première. Surtout
qu’il existait des hommes d’un autre acabit,
du genre qui sont l’objet du contentement et de
la plénitude des femmes.
C’était
la première fois qu’une fille venait se jeter
à ses pieds. Il n’était pas du genre
irrésistible. On pouvait lui reprocher ses traits
féminins. A son grand regret, il n’avait
pas un menton puissant, ni un front large, ni une poitrine
plus large que la taille. Il n’avait rien de la
carrure avantageuse d’un Chippendale qui d’un
simple déhanchement suscite un désir foudroyant
chez les demoiselles. Il détestait aussi son profil
mais il lui était impossible de toujours se présenter
de face !
Pouvait-elle
voir autre chose que ce qu’il était ? Était-il
quelqu’un d’autre que lui-même et dont
il n’avait pas conscience ? Avait-il pris une existence
propre aux yeux de celle qu’il aimait ?
Il n’en fallut pas plus pour qu’elle s’évanouisse
dans les airs. Elle n’avait jamais été
là. Cela faisait douze ans qu’il vivait là
dans une camisole de force, attaché au lit. Elle
avait cessé de lui téléphoner juste
avant qu’elle n’ait vingt-deux ans et il ne
put le supporter car c’était d’elle
que lui venait son inspiration. Alors en quelques mois,
il se renferma sur lui-même, se créant un
monde imaginaire où elle continuait de prendre
soin de lui sans trop en faire surtout. Il se débattait
comme un beau diable à chaque fois qu’il
entendait sa voix à l’autre bout de sa ligne
imaginaire. Mais voilà, son rêve éveillé
avait pris fin.
Il
n’avait pas su faire front à la vie, il avait
même perdu l’amitié de la seule qui
l’avait aimé. Il avait coûté
cher à la sécurité sociale. La loi
sur l’euthanasie volontaire avait été
adoptée en France. Il en profita pour qu’on
le libère du carcan de sa vie misérable.
Libéré de son corps, on lui permit enfin
de se rendre auprès d’elle. Il la vit en
robe blanche de mariée descendre le grand escalier
de l’église avec au bras, un mari fort beau,
plus grand que lui, viril, très élégant,
sûr de lui semblait-il comme les autres hommes mariés.
Il voyait dans l’esprit de la mariée qu’elle
avait tiré un trait sur son passé, sur les
aventures, qu’elle voulait véritablement
que cette union la mène au bonheur. Alors qu’il
s’approchait d’elle, elle devint toute blanche,
plus blanche encore que ses voiles, il s’approcha
encore mais elle tressaillit, alors n’insistant
pas, il s’éloigna pendant que son mari la
prit dans ses bras pour la réchauffer. Elle reprit
des couleurs. Non, il ne restait rien de celle qu’il
avait tant aimée, sans doute avait-elle dû
se perdre dans les dédales du temps !
Il
se souvint d’Éliane, la coquine pleine d’attention
qui lui avait apparu comme un idéal de beauté,
de gentillesse, d’attentions, de folie, de joie
et d’amour. Il aurait tant voulu qu’elle lui
propose de sortir avec elle. Mais non, il ne devait jamais
revoir Éliane. Pourquoi lui avait-il parlé
de Antéa alors que c’était elle qui,
par ses facéties, l’avait rendu peut-être
le plus heureux ! Comme un rêve inachevé,
une histoire pas même commencée, une complicité
trop grande pour devenir une histoire d’amour.
Avant
de partir, il se souvint de sa douce amie, Danaé.
Il la retrouva accompagnée de deux charmants bambins
et d’un époux, pour le moins remarquable.
Elle s’était mariée tôt, à
l’âge de vingt ans avec cet homme, à
l’époque étudiant en cinquième
année de médecine, issu d’un milieu
juif aisé. Avec le temps, il était devenu
professeur de médecine. Danaé, quant à
elle, avait brillamment réussi ses études
: docteur ès science en physique nucléaire,
chargée d’affaire au commissariat à
l’énergie atomique pour le démantèlement
des centrales nucléaires, détachée
auprès des ministères de la recherche et
de l’environnement. Mais, elle n’avait pas
non plus raté sa vie de mère. Elle était
la mère de deux enfants délicieux : Rachel,
7 ans et Joshua, 5 ans. Et elle cherchait dans le périple
de sa traversée de la Vallée des Rois, un
nom à donner à son troisième enfant
bientôt à naître. Le bonheur la transfigurait.
Gémani se sentit attirer irrésistiblement
par un couloir de lumière tandis qu’il soufflait
à Danaé un nom pour sa fille. Une vague
d’énergie la parcourut. Elle se sentit comme
transportée, comme inspirée divinement et
lui s’en alla tout là-haut... rejoindre les
houris.
Falco
- Jeanny
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Commentaires
: quand l'autre nous manque, on voudrait sombrer
dans la folie pour ne voir plus qu'elle. C'est ici
ce qu'il se passe. Voir le parallèle avec
la nouvelle : les
apparitions fantomatiques. Mais quand il sort
de son rêve, quand la réalité
revient, ça lui fait trop mal et il demande
à partir.
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