Astral
Voyager était le nom de ma petite congrégation.
Contre une participation modique, j’apprenais aux
participants à sortir de leur corps. Des excursions
en groupes étaient programmées chaque jour
de la semaine pour les plus expérimentés.
La technique de décorporation consistait à
perdre la faculté de contracter ses muscles. Je
leur demandais de comprimer très fortement tous
les muscles et d’attendre jusqu’à ce
qu’ils se relâchent d’eux-même,
et cela plusieurs fois de suite. Ensuite, une pression
au niveau du troisième oeil surgissait, se poursuivant
par des flashs de lumière intense et finalement
la décorporation se produisait. Ayant acquis une
certaine notoriété, je recevais la visite
de nombreuses équipes de reportage. C’est
ainsi qu’Antéa prit connaissance de ma célébrité.
Curieuse d’en savoir davantage, elle se souvint
que j’étais une de ses anciennes relations.
Se disant qu’elle pouvait en tirer quelques avantages,
elle m’appela soudainement et se risqua d’une
voix mielleuse.
« Dis, mon Gémani, ça faisait longtemps
?
- Oui, qu’est-ce qui t’a fait penser à
m’appeler ?
- Hé bien, c’est le reportage sur ton centre,
tu m’inviterai à venir ? Il paraît
que c’est de la dernière mode, du dernier
chic !
- Je veux bien te recevoir Antéa, mais promets-moi
seulement que tu repartiras au soir du septième
jour !
- Tu veux que je te dise, t’es un amour, mon Gémani.
T’as pas changé, tu es comme au premier jour
que je t’ai connu. Mais pourquoi crois-tu te lasser
de moi au bout d’une semaine ?
- Non, c’est pour tout le monde pareil, si on reste
trop longtemps dans l’astral, on n’a plus
envie de revenir dans son corps.
- Hé bien je te promets de m’en aller quand
la semaine sera écoulée. A très bientôt,
Gémani!»
Elle
arriva le lendemain aux aurores en réveillant toute
la maisonnée. Tout de suite, j’ai senti qu’elle
voulait garder ses distances de crainte que je la souille
par mon toucher. Elle était traversée par
des frissons qui la faisaient presque trembler dés
que je m’approchais d’un peu trop près.
Malgré l’indisposition provoquée par
ma présence à ses côtés, elle
s’allongea sur le matelas à coussin d’air.
Elle se laissa bercer par des accords de musique indienne.
Elle suivit sagement mes recommandations. Mais elle était
tellement nerveuse de me sentir à portée
de mains qu’elle ne faisait qu’échouer
à chacune de ses tentatives. Ce n’est que
le troisième jour qu’elle se décorpora
enfin.
Le lendemain, j’acceptais de la prendre dans mon
équipe de reconnaissance pour survoler les plaines
africaines. Nous sommes restés des heures à
observer les animaux de la savane. Alors que je comptais
le nombre d’entité pour n’oublier personne
pour le retour, je me rendis compte qu’il en manquait
une, Antéa manquait à l’appel. J’ai
pensé à son âme de toute ma passion
et je me suis retrouvé dans la savane auprès
d’une lionne tapie dans l’herbe. Je n’ai
pas compris tout de suite. Soudain, la lionne s’élança
la première à la poursuite d’une frêle
gazelle, bientôt poursuivie par ses congénères.
D’un coup de patte, elle fit valser la gazelle,
à peine s’était-elle remise debout
qu’elle lui planta ses crocs dans la gorge jusqu’à
ce que la pauvre bête trépasse et se laisse
tomber. Il me fallait en avoir le coeur net, et puis,
en tant que Grand Chambellan, je me devais de faire respecter
certaines règles. Alors que la lionne se restaurait
avec ses congénères, un vieux lion est venu
se porter sur elle. Je vis des images-pensées qu’elle
laissait échapper à mon grand amusement,
elle ne voulait pas qu’un animal la prenne, elle
avait toujours conscience de sa nature humaine. Oui je
la reconnaissais bien là, elle avait pris possession
de la lionne. Elle se débattait mais je la maintenais
par mes crocs. Quand la saillie prit fin, elle s’en
alla loin du groupe. Elle cherchait un coin d’eau.
Elle se sentait atrocement sale à l’intérieur.
Elle contourna un bosquet et se trouva face à face
avec une meute de hyènes. Et bien qu’elle
jouât des crocs pour les impressionner, elle fut
très vite submergée par le nombre. Attaquée
par-devant et par-derrière, elle ne savait plus
où donner de la tête. Elle a senti des crocs
se refermer sur sa gorge et la chair de ses flancs partir
à l'emporte-pièce. Son corps astral fut
éjecté en proie à la pire des frayeurs.
Elle vint nous rejoindre dans les hauteurs. Tous nos compagnons
avaient assisté à la scène, ils se
moquèrent allègrement de son aventure en
la culpabilisant pour avoir précipiter la fin de
deux êtres vivants mais elle y avait pris goût,
la sadique. Le lendemain, nous survolions les neiges du
Kilimandjaro et avons aperçu un aigle à
tête couronnée. Sur mes gardes, cette fois,
je la gardais dans mon champ de vision. Mais je ne fus
pas assez prompt pour l’empêcher d’agir.
Elle ne put s’empêcher de prendre les commandes
du beau rapace. Et la voilà qui planait dans les
airs se laissant porter par les vents tourbillonnaires,
puis elle essaya un vol piqué, la chute était
vertigineuse, effrayante, le sol se rapprochait, et amatrice
de sensations fortes, elle ne voulait redresser les commandes
du rapace qu’au moment ultime mais elle échoua,
et l’aigle en fut quitte pour une aile luxée.
Elle quitta l’animal blessé et vint fièrement
à notre rencontre.
Nous étions déjà samedi, son avant
dernier jour. Cette fois, on s’est élevés
très haut dans le ciel jusqu’à atteindre
une planète très éloignée
de la Terre dans une galaxie lointaine. Elle avait pour
singularité d’être dépourvue
de faune. Au moins, Antéa ne blesserait pas d’animal
à moins qu’elle ne s’intéresse
aux insectes, mais il y avait moins de chance pour cela
! Il y avait des lacs, des champs de fleurs sauvages,
des collines boisées, des déserts de sables
et de caillasses et des glaciers qui creusaient des excavations
dans les montagnes, un enchantement pour les yeux. Tout
invitait à la détente, à la communion
et à la méditation. Alors qu’elle
s’était éloignée du groupe
pour sentir des essences de fleurs nouvelles, nous en
avions profité pour disparaître. Quand, elle
revint, elle fut prise d’une panique effroyable
ne sachant pas dans quelle direction rejoindre la Terre.
Je m’étais dissimulé derrière
un taillis tandis que mes compagnons étaient rentrés
au centre. Je voyais son corps astral fissuré par
endroits, le prana s’échappant en nuée.
Elle devint de plus en plus insensible à la beauté
des lieux environnants, se voyant déjà devoir
rester là seule pour l’éternité.
A mon tour, je rentrais au centre. Je l’ai contemplée
dans son sommeil cataleptique, elle aurait pu passer pour
morte, elle avait la main toute glacée. Je l’ai
recouverte d’une couverture. Nous avons dîné
en plaisantant sur Antéa qui devait se morfondre
à l’autre bout de l’univers et nous
sommes allés nous coucher. Le lendemain, dés
mon réveil, je la rejoignis sur la planète.
Elle marchait où plutôt, elle faisait comme
si, ne comprenant pas pourquoi, elle marchait sur l’eau
aux reflets étincelants. Visiblement, elle avait
oublié sa nature astrale et croyait habiter son
corps. Je me suis allongé dans l’herbe derrière
la colline que selon sa trajectoire, elle devrait bientôt
dévaler pour me tomber dans les bras.
Dés qu’elle me vit, elle se précipita
sur moi, heureuse comme si j’étais son amoureux,
me répétant qu’elle se croyait perdue,
seule à jamais. Je la calmai, lui expliquant qu’elle
était décorporée et qu’on allait
rentrer mais elle ne voulait pas que je m’écarte
d’elle de peur que je m’évanouisse
dans les airs. Et ainsi, aux détours de quelques
étoiles, on revint sur la Terre pour retrouver
et réintégrer nos corps. Revenue dans son
corps, elle se jeta sur moi une nouvelle fois, collant
son crâne sous mon menton et s’y caressant
comme une autre chatte se plaît à la faire.
Elle avait besoin de me sentir là, près
d’elle. Elle m’entourait de ses bras vigoureux.
La nuit approchait et elle restait toujours recroquevillée
sur moi, me réchauffant de sa corpulence. Je profitais
de l’instant paisible pour lui avouer qu’il
lui aurait suffi de penser à son corps physique
pour le réintégrer. Elle me fit les gros
yeux. Puis en prenant le ton le plus affectueux possible,
j’enchaînais :
« Antéa, ne m’en veux pas mais tu vas
devoir nous quitter, la semaine arrive à son terme,
il faut que tu repartes dans le monde réel, je
t'avais prévenue qu'il n’est pas bon de séjourner
ici trop longtemps, on perd trop facilement le sens des
réalités et le goût de vivre dans
le monde.
- Mon Gémani, je ne peux pas partir. Je ne veux
plus me trouver loin de toi. Ne me rejette pas, je veux
toujours m’inonder de la chaleur de ton corps. Loin
de toi, je serais comme un fruit vert tombé d’un
arbre. »
Elle releva la tête, se porta au niveau de mon visage.
Nos nez se touchaient presque, nos yeux se fixaient intensément.
« Ne dis pas le contraire, je vois bien que tu m’aimes,
sinon tu ne me regarderais pas ainsi, continua-t-elle.
Tes pupilles se dilatent et se contractent en boucle,
on lit dans tes yeux comme dans un livre ouvert. Viens
avec moi à Marseille jusqu’à la fin
de mes études, j’ai besoin de t’avoir
prés de moi.
- Je ne peux abandonner mon centre pour une fille en mal
d’amour.
- Ha, je te déteste ! »
Elle obliqua sa tête et m’arracha un bécot
mouillé. Elle fit choir sa joue contre la mienne.
Je la sentais faire pression de tout son poids sur mon
corps, m’étreignant si fort que j’avais
du mal à respirer.
Je l’aimais trop pour la laisser rentrer seule à
Marseille. Je laissais mon centre à mon apprenti
voyageur le plus expérimenté et je partais
avec elle dans les calanques. Les jours passèrent
et elle m’aimait toujours autant sans que je n’aie
d’effort à faire afin de paraître ceci
ou de ne pas paraître cela. Auprès de ses
amis, elle n’en avait que pour moi et mon Gémani
par-çi et Gémani par-là, me couvrant
d’éloges sur les aventures fantastiques que
je faisais vivre à mes partenaires astraux. Elle
m’admirait à nouveau. J’étais
redevenu le merveilleux, l’extra-terrestre, l’idéal
masculin comme à l’origine.
Evanescence : Bring Me to Life
Evanescence - Bring Me To Life (Video) par Wind_up_Records
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Commentaires
: Peut-être ne saviez-vous pas qu'il était
possible de voyager dans l'astral. Vous pouvez vous
renseigner sur la pratique
du voyage astral. Autre nouvelle sur le voyage
astral : les
apparitions fantomatiques. A noter que pour
faire un voyage astral, il faut avoir l'esprit pur...
Ici,
ce n'est pas le cas, il y a soit du désir
sexuel, soit du désir d'expérimenter
au détriment de la vie d'autres êtres
vivants, soit de manipuler l'autre pour le rendre
plus fragile.
J'ai
dressé une liste de défauts que n'avait
pas Antéa, c'est juste par vengeance d'avoir
été délaissé. |